La question
La privation de langue des signes est une condition évitable qui survient lorsque les enfants sourds se voient refuser un accès précoce à une langue entièrement accessible, ce qui entraîne des impacts à vie sur le développement cognitif, la santé mentale, l’éducation et l’inclusion sociale. Ces conséquences ne sont pas causées par la surdité elle-même, mais par l’absence de langage accessible durant les périodes critiques de développement. L’accès au langage est immédiat, essentiel et non négociable pour les enfants sourds.
Notre position
Le CAD-ASC affirme que chaque enfant sourd a le droit d’acquérir une première langue entièrement accessible. Pour les enfants sourds, cette langue est la langue des signes. Le refus d’accès constitue une violation des droits humains et expose les enfants à un risque de préjudice évitable et à vie.
La privation de langage doit être comprise non pas comme un retard, mais comme un risque urgent pour le développement — une urgence linguistique urgente pour le cerveau de l’enfant. L’accès à la langue des signes doit être assuré dès la naissance, ou dès le diagnostic ou la suspicion de surdité, par l’accès familial immédiat à l’enseignement de la langue des signes, l’implication précoce de mentors sourds et la connexion avec des soutiens dirigés par les sourds.
Environ 95% des enfants sourds naissent dans des familles entendantes ayant une exposition limitée à la langue des signes. Les premières décisions sont souvent façonnées par des systèmes qui privilégient les approches auditives et vocales sans garantir un accès égal à la langue des signes. En conséquence, les familles peuvent ne pas recevoir d’informations complètes ou impartiales, ce qui met les enfants à risque de manquer la fenêtre critique pour l’acquisition du langage. Ces résultats reflètent des lacunes systémiques dans l’accès précoce à la langue.
Malgré des obligations légales claires, les obstacles persistent. Les services d’intervention précoce privilégient fréquemment les approches auditives tout en limitant l’accès à la langue des signes, et l’accès au soutien qualifié demeure inégal, particulièrement dans les régions rurales et mal desservies. Ces lacunes représentent des défis systémiques qui doivent être abordés.
Les enfants sourds sont à la fois des personnes en situation de handicap et des membres d’une minorité linguistique, avec des droits protégés par le droit international et canadien. Le CRPD affirme le droit à la langue des signes et à une éducation appropriée, tandis que le CRC affirme les droits des enfants à la langue, à l’éducation et au développement. Les cadres canadiens, dont la Charte des droits et libertés et la Loi sur l’accessibilité du Canada, exigent un accès équitable à la communication et aux services. L’accès à la langue des signes est donc une exigence légale.
Ces obligations doivent se refléter dans le système éducatif. L’article 24 du CRPD exige que les enfants sourds soient éduqués dans la langue la plus appropriée et soutenus par des professionnels qualifiés. Cependant, le Canada fait face à une pénurie d’enseignants pour sourds ayant une compétence suffisante en langue des signes, et les programmes de formation ne préparent souvent pas adéquatement les éducateurs à soutenir l’acquisition de la langue des signes. Cela représente un défi majeur pour la réalisation des droits éducatifs des enfants sourds. La jurisprudence canadienne a commencé à affirmer ce principe. Dans l’affaire Carter Churchill c. Newfoundland and Labrador English School District (2023), l’accès à l’éducation en langue des signes a été reconnu comme un droit fondamental, renforçant l’importance d’un accès équitable dans les systèmes éducatifs.
Les lacunes systémiques se reflètent également dans la mise en œuvre du principe jordanien. Bien que destinées à assurer un accès rapide aux services pour les enfants des Premières Nations, les approches actuelles continuent de prioriser les soutiens auditifs et basés sur la parole tout en limitant l’accès constant à la langue des signes. En conséquence, les enfants sourds autochtones font face à des barrières accrues à l’intersection du handicap, de la langue et de l’identité culturelle. Bien que des cadres tels que la Loi sur l’accessibilité du Canada et la Déclaration des Nations Unies relative aux droits des peuples autochtones (UNDRIP) affirment les droits liés à l’accessibilité, à la langue et à la culture, ils ne répondent pas pleinement aux besoins spécifiques des enfants sourds autochtones. Pour atteindre une égalité substantielle, la langue des signes doit être explicitement reconnue et soutenue dans ces cadres.
La langue des signes offre aux enfants sourds une première langue entièrement accessible et une base pour le développement. L’exposition précoce soutient la croissance cognitive, la littératie et le bien-être. Les approches bilingues incluant la langue des signes ont donné des résultats plus solides que les approches basées uniquement sur la parole. La langue des signes renforce le développement global de la langue et ne doit pas être remplacée uniquement par la technologie.
Le CAD-ASC appelle à un changement systémique dans l’approche du Canada envers l’accès précoce aux langues. Les gouvernements doivent s’assurer que les familles reçoivent un enseignement de la langue des signes dans les semaines suivant l’identification, ainsi que l’accès à des mentors sourds et à des soutiens communautaires. Les programmes d’intervention précoce doivent fournir des informations complètes et impartiales et inclure des professionnels sourds.
Les gouvernements doivent établir des jalons obligatoires pour l’acquisition de la langue de la naissance à l’âge de cinq ans, incluant l’accès précoce (0–6 mois), le développement surveillé (0–3 ans) et le développement bilingue soutenu (3–5 ans), avec des parcours standardisés d’évaluation et d’intervention. Les résultats linguistiques doivent être suivis et rapportés pour assurer la responsabilité. Comme le démontrent les initiatives LEAD-K, les repères obligatoires et le suivi des données soutiennent l’identification précoce des lacunes linguistiques et une intervention rapide.
Le financement public doit assurer un accès équitable aux services de langue des signes dans toutes les régions et soutenir les programmes de mentorat pour personnes sourdes à l’échelle nationale. Des normes professionnelles doivent être établies pour ceux qui conseillent les familles. Aucune politique ou service affectant les enfants sourds ne devrait être développé sans une implication significative d’organisations dirigées par des sourds.
Le Canada a l’obligation légale et morale de s’assurer que chaque enfant sourd ait un accès complet à la langue dès le plus tôt possible. Aucun système ne devrait être autorisé à retenir ce dont un enfant sourd a besoin pour s’épanouir.
Lectures recommandées:
- Grote, K., Wegner, S., Stenzel, M., & Karar, E. (2024). Les effets dévastateurs de la privation de langage et des diagnostics erronés chez les enfants sourds souffrant de troubles cognitifs et du langage dans les centres médicaux, les besoins particuliers et les milieux éducatifs. Journal of DeafMind & DeafDidactics, 1(1), 1-22.
- Glickman, NS. & Hall, W. (2019). Privation de langue et santé mentale. Routledge
- Hall, W., Levin, L., & Anderson, M. (2017). Syndrome de privation de langage : Un trouble neurodéveloppemental possible aux origines socioculturelles. Psychiatrie sociale et épidémiologie psychiatrique, 21(5), 961-977. doi :10.1007/s00127-017-1351-7
- Hall, W. C., Hall, M. L., & Caselli, N. K. (2019). Les enfants sourds ont besoin du langage, pas (seulement) de la parole. First Language, 39(4), 367–395. https://doi.org/10.1177/0142723719834102
- Hecht JL. (2019). Responsabilité dans l’épidémie actuelle de privation linguistique (1990-présent). Maternal Child Health Journal (11) : 1319-1322. doi : 10.1007/s10995-020-02989-1.
- Humphries, T, Mather, G, Naple, D.J., Padden, C., & Rathmann, C. (2022). Les enfants sourds ont besoin d’un apport linguistique riche dès le départ : soutien dans le conseil aux parents, enfants 9, no 11 : 1609. https://doi.org/10.3390/children9111609
- Snoddon, K. & Paul, J.J. (2020). Présenter la langue des signes comme un besoin de santé dans la politique canadienne et internationale. Journal de la santé maternelle et infantile, 2974, 1360-1364. https://doi.org/10.1007/s10995-020-02974-8
- Wilkinson, E., & Morford, J. P. (2020). Comment le bilinguisme contribue au développement sain des enfants sourds : une perspective de santé publique. Maternal and Child Health Journal, 24, 1330–1338. https://doi.org/10.1007/s10995-020-02976-6
- Fédération mondiale des sourds. (2024). Document de position sur le droit à la langue des signes pour les familles d’enfants sourds.
- Nations Unies. (2006). Convention relative aux droits des personnes handicapées.
- Nations Unies. (1989). Convention relative aux droits de l’enfant.
- Nations Unies. (1992). Déclaration sur les droits des personnes appartenant à des minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques.
- Gouvernement du Canada. (1982). Charte canadienne des droits et libertés.
- Gouvernement du Canada. (2019). Loi sur l’accessibilité canadienne.
- Services autochtones Canada. (2023). Le principe de Jordan. Gouvernement du Canada. https://www.sac-isc.gc.ca
- Orthophonie et audiologie Canada. (s.d.). Le directeur de Jordanie et les services de communication. https://www.sac-oac.ca
- LEAD-K. (s.d.). L’égalité du langage et l’acquisition pour les enfants sourds. https://www.lead-k.org
APPROUVÉ: 3 MAI 2026
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